Souvenirs 5 – Octobre 2013 – Weminuche Wilderness area, Colorado, USA

“Il n’y avait nulle part où aller sinon partout, alors il suffisait de continuer à rouler sous les étoiles.” 
Sur la route, Jack Kerouac

Aspen trees in a vibrant fall forest with yellow and red foliage.
Golden aspen trees
Trembles en feuillage d’automne

Au bord de la route, pouce en l’air, je dois me contenter de regarder les véhicules passer devant moi sans même ralentir. J’aimerais rejoindre en stop le départ d’une traversée de cette partie des Montagnes Rocheuses : la Weminuche Wilderness area. Il s’agirait ensuite de randonner en suivant une haute route qui doit être remarquable à cette période de l’année pour revenir à mon véhicule. C’est l’automne, c’est le sud du Colorado. J’ai parqué ma voiture non loin de Durango. L’endroit est chargé d’une histoire très « Western », des chercheurs d’or, des trains à vapeur, de vieilles mines d’argent un peu partout dans les montagnes, même en altitude. J’ai hâte… il suffirait qu’une voiture veuille s’arrêter ! Mais voilà, cette fois je ne suis pas seul. À mes pieds, mon compagnon à 4 pattes, Dyno, une jeune berger australien de 1,5 an, prête pour son premier séjour en montagne.

Dog in a forest trail with a red backpack, outdoor photography by Olivier Steiner.
Dyno with her backpack
Dyno et son sac à dos

Après 30 minutes d’attente il faut se rendre à l’évidence : personne ne s’arrêtera… Je pourrais partir dans l’autre sens, mais le même problème se poserait à la fin de ma traversée pour revenir à mon véhicule. Le dernier bulletin météo étant franchement mauvais, il faut se résigner à partir pour un aller-retour dans le coin et abandonner ce projet initial de traversée.
Il n’est jamais facile de changer de programme au dernier moment, car il faut très rapidement réétudier la carte, redéfinir un itinéraire… et les premiers pas sur le chemin « de secours » sont toujours un peu amers.

Aerial shot of a lush green forest with tall trees and vibrant foliage.
Mountain landscape in autumn with colorful trees and clear blue sky.
Mountain stream flowing through colorful autumn forest landscape.

L’endroit où nous nous trouvons est bien connu des « chasseurs » de 14000. Il existe en effet 58 sommets de plus de 14 000 pieds au Colorado, et un challenge classique consiste à en réaliser toutes leurs ascensions. Le Chicago Basin qui se situe au centre de la Weminuche Wilderness area regroupe 3 de ces sommets ce qui justifie la venue de hordes de randonneurs en été : en une seule journée il est possible d’engranger 3 « 14000 » ! En octobre j’espère être seul ou presque.

Le sentier commence par descendre dans une forêt de trembles au feuillage d’un jaune or fantastique pour rejoindre la large et puissante rivière Animas. Un pont de bois l’enjambe et permet de gagner la rive opposée pour enfin entrer totalement en montagne. Le reste de cette première journée se déroule dans une forêt dense et colorée. Nous ne croiserons personne et le bivouac, à 2550 m sera calme et froid. La température tombe à -5 °la nuit. Il y a moins de 48 heures, Dyno goûtait encore aux chaleurs texanes et la transition est visiblement rude puisqu’elle passe les premières heures à grelotter… ce qui fait trembler la tente et m’empêche de profiter d’un sommeil réparateur. Elle finira dans un sac de couchage léger que j’avais pris « au cas où » !

Mountain landscape with pine trees and a camping tent in the foreground.

La fraîcheur nous cueille à la sortie de notre petite tente. Il a bien gelé et le soleil restera masqué par les sommets imposants pour encore quelques heures. Il faut donc s’activer pour se réchauffer et remonter la superbe vallée menant au Chicago Basin. Dyno se comporte bien, restant dans mes pieds, chargée de son sac (elle ne porte que sa propre nourriture). Les couleurs d’automne en montagne sont toujours incroyables, annonçant la venue du froid et de la neige. Les journées sont courtes, la lumière est beaucoup moins directe… C’est toujours un bonheur de profiter de chaque instant dans ces endroits incroyables, presque toujours seul à cette époque. La petite tente montée, il ne faut pas traîner pour préparer le repas, ranger l’emplacement de bivouac et profiter des dernières lueurs avant que la nuit n’apporte un froid glacial à 3400 m d’altitude. Le ciel est splendide, mais mon jeune chien à bien compris que la tente sera plus confortable et attend patiemment que je lui ouvre. Je n’ai pas vu d’autre campement autour et je savoure ce silence incroyable en m’endormant.


Je ne compte pas tenter l’ascension des 3 « 14000 » du bassin, mais simplement faire l’ascension du plus facile d’entre eux : Windom Peak, 4294 m. J’ignore comment Dyno pourra réagir en altitude et j’imagine que les derniers mètres seront couverts de neige.
Alors que nous montons rejoindre les Twin Lakes, réminiscences glaciaires, j’essaie de m’imaginer l’endroit en été, les dizaines de randonneurs montant et descendant ce même sentier tous les jours. Très égoïstement, je me rends compte que je ne serais probablement jamais venu ici en haute saison. L’endroit est pourtant grandiose, splendide, mais saurais je l’apprécier au milieu de la foule ?


Dyno avance tranquillement, goutant pleinement à chaque instant de liberté passé dans ces montagnes. En laissant les lacs derrière nous, le sentier disparait doucement dans un dédale granitique et il faut avancer au jugé dans la direction du sommet qui se rapproche régulièrement. Vers 4000 m la neige se fait de plus en plus présente sur le sol et ralentit la progression, surtout pour mon jeune chien qui n’en a pas l’habitude. 100 m sous le sommet, Dyno ne sait plus trop comment avancer, s’enfonçant trop souvent dans des accumulations de neige parfois profondes. Nous nous arrêterons là, seuls, vers 4200 m, à apprécier cette solitude automnale au milieu de cette nature sauvage, prête à subir un hiver rigoureux. 

Birch trees with white bark and green foliage in a forest setting.

En descendant vers le campement, le temps commence à changer et quelques flocons nous font allonger le pas. Je comptais passer une nouvelle nuit à 3400 m mais il me semble plus prudent de démonter la tente et de descendre davantage pour rejoindre la voiture le lendemain, probablement avant la première grosse dépression hivernale. Dyno glisse sur les dernières plaques de neige et semble avoir pris gout à cette aventure en montagne. Nous laissons le Chicago basin derrière nous, et en nous éloignant, je me promets de revenir explorer cette Weminuche Wilderness Area, peut-être un peu plus loin, en suivant cette haute route qui m’a motivé à venir, peut-être avec Dyno encore une fois…

Autumn river scene with colorful fall foliage and mountain backdrop.

Aujourd’hui, été 2025, Dyno nous a quittés. Elle aura été un fidèle compagnon, m’accompagnant en montagne ou en forêt, toujours partante pour une promenade ou une séance de jeux. Cette randonnée dans les Rocheuses du Colorado aura été notre première aventure ensemble, souvenir d’une belle complicité qui n’aura cessé de se renforcer avec le temps.

Diaporama :

Publications similaires

Laisser un commentaire