
C’était ma première sortie guidée de l’été 2026. Juste des chaussures de marche, pas de raquettes. Bien sûr, au-dessus de 2400 m, de larges névés étaient inévitables, la plupart d’entre eux suffisamment fermes pour permettre une progression régulière. Sur un tel terrain, il n’est pas rare de faire un pas sous lequel la neige se dérobe soudainement, laissant le corps s’enfoncer parfois jusqu’à la taille. Fatigant. Mais aussi tellement appréciable : à cette époque de l’année les sentiers sont encore calmes et il est de coutume de croiser davantage de marmottes ou de bouquetins que de nos semblables. Il est simplement agréable d’évoluer avec régularité, juste assez rapidement pour se sentir avancer, mais assez lentement pour pouvoir bavarder avec un client, un ami, ou même laisser ses propres pensées divaguer.
Après l’automne, la transition entre le printemps et l’été est probablement le moment que je préfère pour aller profiter d’une randonnée ou d’un bivouac plus haut, bien au-dessus des derniers arbres, mais encore en dessous du terrain alpin caillouteux et enneigé. J’aime ces pelouses couvertes de fleurs et tous ces moments paresseux passés à les admirer. Et encore plus avec un appareil photo dans les mains, ainsi qu’un bon objectif macro. La lumière peut déjà être bien trop brutale en milieu de journée, mais peut-être est-ce là une simple excuse pour faire une pause, s’asseoir et laisser les yeux suivre une arête rocheuse, grimper un glacier, ou s’attarder sur les contrastes entre la neige et les rochers tout autour.
L’objectif de cette sortie était un « bivouac photo », ce qui est aussi synonyme de sacs pleins de bonnes choses, matériel de bivouac, objectifs, appareils photo et trépied. L’effort ne durera pas trop longtemps avec un tel poids à porter, mais suffisamment pour permettre d’apprécier d’autant plus la fin de cette quête : trouver le bon endroit pour bivouaquer. Il doit absolument être plat et sec. Il y a quelques années, durant d’excellentes formations d’accompagnateur en montagne, j’ai commencé à laisser ma tente à la maison et une bâche légère l’a remplacée dans le fond de mon sac. Et parfois un simple sac de bivouac.
Ce jour-là, lorsque nous avons atteint notre but, nous avons rapidement trouvé une belle terrasse herbeuse surplombant un splendide lac, toujours partiellement recouvert de neige et de glace. Il était suffisamment calme et limpide pour nous offrir le reflet des montagnes environnantes. Après quelques exercices de montage de bâche en vue du bivouac, la décision de dormir sous les étoiles a été prise : un bon matelas, un sac de couchage ou un quilt (pour moi), et bien sûr le sac de bivouac pour arrêter la froide brise nocturne.
Les bivouacs photo ne sont pas reposants : on ne dort jamais beaucoup, particulièrement en juin. Les jours sont longs et le soleil se couche tard. La lumière est intéressante pendant 2 ou 3 heures, et parfois vraiment extraordinaire pendant 10 à 15 minutes au plus ! Le dîner est alors pris après, dans le noir, la tête pleine de ces dernières images que l’on vient de capturer. C’est la fin de la journée, un excellent moment pour partager les pensées et impressions sur ces longues heures passées dans la montagne. Les nuits peuvent encore être froides, aussi ne faut-il pas être surpris si l’on se réveille sous une bonne couche de givre ! Cela fait partie de ces micro-aventures, une belle parenthèse dans la vie de tous les jours, durant laquelle on apprécie un confort bien différent, où le strict minimum devient finalement un véritable luxe.