
Ce devait être un jour comme les autres en montagne. Peut être un peu chargé car j’avais pour idée de repérer deux randonnées différentes dans le Chablais français. Le matin avait déjà été superbe: marcher seul dans une neige fraîche de début novembre, jouer avec les nuages qui se déchiraient constamment pour mieux se refermer, profiter de la moindre ouverture pour admirer ces paysages rendus mystérieux. Parfois j’avançais simplement dans le brouillard, incapable de distinguer quelque chose à plus de 3 ou 4 m devant moi.
Alors que j’évoluais dans cette purée de pois, il est rapidement devenu évident que j’allais devoir terminer ma seconde randonnée de nuit. Quel sentiment exaltant ! J’allais être seul sur cette montagne et il me faudrait redoubler d’attention pour rester sur ce sentier qui avait déjà disparu sous une belle couche de poudre blanche.
En quelques minutes à peine, les épais nuages ont glissé vers une plus basse altitude. Je me retrouvais soudainement au-dessus du mauvais temps et il me fallut un instant pour réaliser à quel point je pouvais maintenant voir loin. Les sommets voisins de tout le Chablais dans un premier temps. Puis quelque chose de bien plus dominant, toujours spécial, a attiré le regard : l’imposant Mont Blanc, plus loin en arrière-plan. Un nuage lenticulaire incroyablement symétrique coiffait la grande montagne et, lorsque le soleil a disparu derrière l’horizon, les couleurs sont doucement devenues plus intenses, ajoutant une dernière touche à un paysage déjà splendide. Quelques chamois joueurs sont rapidement passés dans ce tableau.
C’est pour de tels moments uniques et éphémères que je m’aventure en montagne. Les photographier est gratifiant, mais les plus belles images sont celles qui restent très égoïstement gravées dans notre mémoire.