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Un splendide ciel bleu. Pas un seul nuage. Une journée totalement libre. Une prévision météo enthousiaste. Ok, il fait peut-être un peu trop chaud. J’ai envie de passer ce temps en montagne, mais je ne suis pas tout à fait sûr de ce que j’ai vraiment envie de faire, ni d’où aller. Cette dernière question trouve rapidement une réponse : il y a un arrêt de bus à proximité et je pourrais commencer à marcher dans moins d’une heure… mais pour quel but ? Un simple bivouac en montagne (même si ça n’est jamais vraiment « simple »…), une rando photo, un sommet… ?

Souvent je peux avoir tendance à vouloir tout faire en même temps, à vouloir profiter au maximum de tout ce temps qui m’est imparti, probablement par peur de gaspiller ces précieuses minutes ou par peur de rater quelque chose. Cette fois j’ai réussi à caser tout mon matériel photo, mon équipement de bivouac, assez de nourriture, un livre et un carnet dans mon sac de 32 L. Je serai assez léger pour avancer à un rythme correct tout en pouvant m’adapter aux possibilités offertes durant ces prochaines heures en montagne. En fait, je me rends simplement au fond de la vallée dans laquelle je vis maintenant : le barrage de Mauvoisin, un grand lac entouré de sommets impressionnants et de petites vallées secondaires, de glaciers, tous de véritables joyaux. C’est déjà la fin de l’après-midi quand je commence à marcher et je me retrouve quasiment seul sur le sentier. Comme d’habitude j’essaye de m’imprégner au maximum de cet environnement. Ici, un chamois perché haut dans la pente raide, là, les superbes vaches d’Hérens qui profitent de l’alpage et plus loin encore un véritable tapis de fleurs ou encore les vieilles écuries de Gietroz. Ou cette incroyable lumière qui vient éclairer les séracs supérieurs du Grand Combin. Je me sens rapidement récompensé par cette première heure sur le sentier, et mon objectif du jour se confirme lentement : atteindre un lac de montagne, prendre des photos en espérant pouvoir immortaliser un bon coucher de soleil. Comme à chaque fois, je me sens incroyablement chanceux de trouver un petit morceau de pelouse pour y déposer mon matelas et mon sac de couchage avant d’admirer les couleurs du ciel et leur reflet dans les eaux voisines. J’aime passer du temps à la fin de la journée, assis dans l’herbe à simplement regarder autour de moi, à simplement être là. À essayer d’imprimer autant de détails que possible dans ma mémoire. C’est souvent là que je réalise que ces instants intemporels ne sont absolument pas perdus même si je ne suis pas vraiment actif. Je choisis d’établir mon bivouac un peu en retrait du lac, sur une petite bosse, afin de ressentir davantage la solitude et le silence relatif. Tout près, des bouquetins jouent sur une falaise impressionnante, cognant leurs cornes avec force, défiant la gravité. J’aime lire dans ces endroits. Je peux me concentrer sur les mots dans mes mains puis lever mes yeux au-dessus des pages pour juger de l’évolution du jour avant de replonger dans mon histoire.  Comme si l’environnement pouvait amener un sens plus profond aux phrases, ou peut-être les ancrer plus profondément dans mon esprit. 

J’ai dormi profondément, me réveillant occasionnellement au milieu de la nuit pour admirer le ciel étoilé et la Voie lactée. Au matin, j’ai simplement pris le temps de profiter de ce bivouac confortable et agréable. J’avais comme vague idée de grimper le sommet au-dessus de moi, La Ruinette. Il est déjà tard… mais pourquoi pas ! Je grimpe doucement, régulièrement, l’appareil photo dans les mains, capturant quelques détails ou admirant ce magnifique groupe de niverolles alpines. Arriverais-je au sommet ? Ça n’est pas très important en fait. Cela serait probablement la cerise sur le gâteau, mais le gâteau est déjà énorme ! J’ai réalisé, il y a déjà un bon moment, que simplement être en montagne et profiter de ces instants était largement suffisant pour moi. Bien sûr, j’apprécie toujours une escalade belle et technique, une randonnée sympathique vers un col ou un sommet, mais toujours tant que le plaisir d’être là domine. Je n’ai plus aucune difficulté à faire demi-tour et je ne fais plus de « liste » depuis longtemps… Combien de fois me suis-je arrêté, assis pour mieux profiter de l’instant à regarder un chamois tout proche ou simplement à contempler des détails qui ne font pas suffisamment partie de mon quotidien en bas dans la vallée.

Ce jour-là, je n’étais plus très loin du sommet de La Ruinette. J’ai fait demi-tour parce que le temps était en train de changer plus tôt que prévu et bien trop rapidement. Il me faudra revenir pour visiter ce sommet et profiter d’un autre séjour dans cet endroit splendide. Frustration ? Peut-être juste une infime trace parce qu’il m’aura fallu descendre une ou deux heures plus tôt que ce que j’aurais aimé. Il est probable qu’en me concentrant sur un seul aspect (grimper La Ruinette ou uniquement prendre des photos) de ma sortie j’aurais pu être plus efficace et meilleur dans cette seule activité. Finalement, j’aurais passé moins de 24 heures en montagne et il me semble avoir vécu une véritable aventure, comme souvent. Alors pourquoi choisir ? J’aime simplement profiter du moment, ressentir que je suis là, suffisamment éloigné de ma routine pour que chaque pas m’immerge davantage dans un univers que j’aime.

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