Lima, 6 mois après ce voyage :
Après 7 ans passés aux USA le « road trip » appartient au quotidien. Il est facile de s’évader, de quitter la routine sans trop regarder en arrière et simplement avancer. Les routes sont droites, larges, et mènent vers un ailleurs toujours plus intéressant, dépaysant ou relaxant. Rouler une quinzaine d’heures par jours y est courant.

En Amérique du Sud le réseau de bus et le système des taxis collectifs (colectivos) sont impressionnants. Pour celui qui est patient et débrouillard, il est aisé de se rendre d’un petit village à un autre. De même, voyager ainsi, pour quelques sous, sans trop avoir de destination en tête, en se laissant porter par les opportunités est plaisant. Par contre, lorsque l’on désire visiter ce coin perdu dont a entendu parlé, qui semble magnifique et qui est loin de tout, les choses se compliquent. Tout est possible, mais le coût peut alors devenir conséquent, sans parler du temps que les choses peuvent alors prendre.

Après avoir déterminé que le Nevado Ojos del Salado serait l’objectif de ce voyage, l’hésitation a été longue : voiture ou bus ? Il s’est vite avéré que l’Ojos del Salado ne serait qu’une excuse à cette vadrouille andine et qu’entre Lima et cette montagne tout ou presque était magnifique et méritait le détour. Lier tous ces endroits magnifiques par bus devenait d’un coup compliqué et contraignant. Quid de la rencontre impromptue que l’on souhaiterait prolonger, du petit bivouac idyllique pour passer la nuit…? Quid de la liberté d’aller à gauche lorsqu’on avait prévu d’aller à droite ?

Une fois l’itinéraire plus ou moins dessiné, il était évident que le road trip en autonomie serait de rigueur. Cependant personne n’encourageait vraiment une telle entreprise. Sur internet, hormis quelques « overlanders » (voyageurs traversant les continents, généralement du Canada à la Patagonie) qui partagent leurs extraordinaires aventures sur des blogs passionnants, tout le monde recommande telle ou telle agence et déconseille l’aventure solitaire.

Il est même possible de lire sur certains forums de discussions, que seuls les lieux fréquentés par des agences présentent un intérêt et que visiter le reste est une perte de temps ! Ah qu’il est extraordinaire de constater que sur internet certains ont un avis sur tout, et surtout sur ce qu’ils ignorent.

Préparer un tel voyage n’est pas simple. Commençons par l’achat de la voiture… au Pérou. 2 mois ont été nécessaire pour trouver un véhicule fiable et en bon état : un Toyota Land Cruiser Prado de 3 ans, 4.0 L. Un moteur essence puissant et efficace, gourmand en ville ou sur l’autoroute, mais dont la consommation en altitude et en mode 4×4 sera finalement très raisonnable (environ 12,5 L/100 km sur la route, 15 L/100 à plus de 4000 m d’altitude sur de mauvaises pistes). Qui dit voiture dit une variété importante de matériel pour pouvoir se sortir de mauvais pas : d’excellents pneus, compresseur, planches pour se sortir du sable, pelle, bidon de carburant, plaque de renfort sous le bloc moteur et la transmission, sangles diverses,… et surtout GPS. Les cartes papiers sont totalement inutiles car trop peu précises et parfois fausses : il est nécessaire de télécharger de bonnes cartes sur le GPS.

Et le départ arrive. Durant les premières heures de route un sentiment ambigu domine… Est il raisonnable de vraiment partir… ? Probablement pas… mais est il bon d’être trop raisonnable ?

Une fois la première frontière passée, les inquiétudes sont laissées de côté et l’émerveillement fait place. Finalement tout se passera bien. Très bien même. Les impératifs sont les même qu’ailleurs : se laisser porter par la route (ou le GPS), trouver du carburant, rouler avec prudence et surtout profiter de ce rêve éveillé. Car c’est finalement bien de cela qu’il s’agit. Plus de 6 mois après être revenu, c’est toujours avec émerveillement que je me replonge dans l’album photo et que les souvenirs ressurgissent quotidiennement.

Le carburant peut cependant être un problème, surtout dans le nord du Chili et en Bolivie. On achète alors de l’essence en bidons, sans vraiment savoir ce que l’on verse dans le réservoir. Il faut parfois être patient pour trouver dans un petit village la personne qui possède encore quelques litres du précieux liquide. Ou alors aller vers la station qui, peut être, acceptera de vendre un plein aux touristes, en général à un prix trois fois supérieur au prix bolivien (loi de Evo Morales).

L’état des pistes peut aussi être inquiétant. Rien n’est infranchissable, mais sur les 8000 km parcourus, ¼ au moins s’est fait sur pistes parfois excellentes, parfois horribles. Rarement techniques, ce sont souvent de profondes ornières dues à la sur fréquentation d’un lieu (Sud Lipez – Bolivie) qui rendent la conduite difficile. Ou alors à l’inverse, le manque de passage et du coup d’entretien, peut compliquer les choses (nids de poules, ondulations…). En Argentine par exemple, entre la frontière Chilienne et Antofagasta de la Sierra, un problème mécanique sur une piste très peu fréquentée, isolée et défoncée poserait un sérieux problème. Une conduite prudente est de rigueur.

Et finalement… voiture ou bus ? A n’importe qui d’aventureux, de débrouillard ou de curieux je recommanderai directement de partir en autonomie (voiture ou vélo…). Les rencontres ne se feront pas dans le bus, mais au détour d’un virage, dans un village. Les bivouacs seront uniques et incroyables, et il sera possible de découvrir des endroits dont on ne soupçonne pas l’existence. Le contact avec les gens est aussi très différent car cette aventure suscite la curiosité et engage un échange respectueux. « Comment êtes vous arrivés ici ? Pourquoi ? Mais les touristes ne passent jamais par ici… Vous restez combien de temps ? Allez voir ceci ou cela. Je vous conseille cette route… ou telle infusion pour le mal des montagnes… ». Et il temps de repartir, emportant un peu plus de souvenirs, un peu plus d’images.



– Plus de photos ci dessous –
Quelques liens :
Blogs :
http://wikioverland.org/Bolivia
Cartes GPS – GPS Maps :
http://liferemotely.com/gear/choosing-gear/266-the-best-free-gps-maps-for-central-and-south-america
Viajeros Mapas était probablement la carte la plus utile, surtout dans le sud Lipez, mais non “routable”. Il est bon de télécharger plusieurs cartes et de passer de l’une à l’autre car les informations sont souvent complémentaires.










